Lac de Pannecière : le géant du Morvan qui protège Paris en silence
Avec ses 520 hectares miroitant entre les crêtes boisées du Morvan, le lac de Pannecière n’a rien d’un plan d’eau anodin. C’est le plus grand lac de Bourgogne, un ouvrage d’utilité publique construit pour protéger la capitale des crues, et en même temps un terrain de jeu pour randonneurs, pêcheurs et amateurs de baignade sauvage. Comprendre ce lac, c’est comprendre à la fois sa géographie, son histoire de chantier exceptionnel et les activités qu’on peut réellement y pratiquer.
Le lac de Pannecière en quelques chiffres
Situé dans la Nièvre, dans le Parc naturel régional du Morvan, le lac de Pannecière s’étend sur 520 hectares, soit 5,2 km², à 320 mètres d’altitude. Sa longueur atteint 7,5 km pour environ 1 km de largeur, et sa profondeur maximale plonge jusqu’à 48 mètres près du barrage. Le volume total stocké s’élève à 82,5 millions de m3 selon les données historiques, un chiffre que l’Institution interdépartementale des barrages-réservoirs du bassin de la Seine (EPTB Seine Grands Lacs), gestionnaire de l’ouvrage, ramène plutôt à 80 millions de m3 dans ses documents d’exploitation. Cette différence légère tient simplement aux méthodes de calcul du volume utile.

Le bassin versant contrôlé par le barrage couvre 220 km², ce qui donne une idée de l’ampleur du territoire qui alimente le lac en eau. Une particularité frappante pour qui découvre Pannecière pour la première fois : l’amplitude du niveau des eaux peut atteindre 25 mètres entre les hautes et les basses eaux, une variation directement liée à son rôle de réservoir.
Un lac artificiel au service de la Seine et de l’Yonne
Le lac de Pannecière est un lac-réservoir, c’est-à-dire un plan d’eau entièrement artificiel créé par la retenue d’un barrage, et non une formation naturelle. L’eau qui y est stockée en hiver et au printemps est restituée à l’Yonne en été et en automne pour soutenir son débit, un mécanisme appelé soutien d’étiage. Le débit naturel estival moyen de l’Yonne à ce niveau tourne autour de 2 m3/s, alors que le lac peut injecter en moyenne 5,7 m3/s supplémentaires lors des périodes sèches, ce qui change radicalement la donne pour la rivière en aval. La durée de rétention moyenne de l’eau dans le lac avoisine un an, le temps qu’un cycle complet de remplissage et de restitution s’accomplisse.
Histoire et construction du barrage de Pannecière
L’origine du projet remonte à un traumatisme national : la crue de la Seine de 1910, qui a inondé Paris et révélé la vulnérabilité du bassin parisien face aux caprices du fleuve et de ses affluents. Face à ce constat, l’État décide d’agir en amont, directement dans les têtes de bassin du Morvan où naissent les crues. Le décret d’utilité publique est signé le 8 septembre 1929, ouvrant la voie à un chantier d’une ampleur inédite pour la région.

La construction du barrage débute en 1937. Le chantier mobilise jusqu’à 550 ouvriers en période de forte activité, nécessite la création de 16 km de routes et la construction de 6 ponts pour désenclaver le site. Mais les travaux sont brutalement interrompus par la Seconde Guerre mondiale, entre 1939 et 1946, avant de reprendre pour s’achever en 1949. L’ouvrage final est un barrage de type multivoûtes à 12 contreforts, haut de 49 mètres et long de 352 mètres en crête, un ouvrage remarquable pour l’époque. Un second édifice, doté de 33 voûtes minces sur 220 mètres de longueur, complète le dispositif. En aval, un bassin de compensation de 370 000 m3 est géré par EDF, couplé à une usine hydroélectrique mise en service en 1950.
Les hameaux engloutis de Pélus et Blaisy
La mise en eau du barrage n’a pas été sans conséquence humaine. Deux hameaux, Pélus et Blaisy, ont été engloutis lors du remplissage de la retenue, leurs habitants relogés ailleurs dans la vallée. C’est un pan d’histoire locale que peu de visiteurs connaissent en arrivant sur les rives du lac, alors même que par temps de basses eaux exceptionnelles, certains vestiges de fondations redeviennent parfois visibles. Cette mémoire engloutie fait aujourd’hui partie du patrimoine oral des communes riveraines, transmise par les anciens de Chaumard et de Montigny-en-Morvan.
Que faire au lac de Pannecière
Le lac se prête à une palette d’activités bien plus large qu’on ne l’imagine au premier regard, à condition de savoir où chercher.
Saviez-vous qu’il existe un village englouti sous un lac du Morvan
Randonnée et tour du lac à vélo
Le tour du lac de Pannecière représente un parcours de 22 km pour environ 240 mètres de dénivelé, accessible à pied ou en VTT pour une demi-journée bien remplie. Les plus ambitieux peuvent opter pour la route des crêtes, un itinéraire de 48 km qui offre des panoramas dégagés sur l’ensemble du plan d’eau et les massifs environnants, souvent parcouru en vélo de route ou VTT avec location possible sur place. D’autres circuits plus courts existent : les rives de Pannecière sur 8 km, les rives du petit lac sur 14 km, ou encore le maquis de Chaumard sur 10 km, qui évoque l’histoire de la Résistance dans le secteur. Les fiches détaillées de ces randonnées sont disponibles pour 1€ dans les offices de tourisme du Morvan, avec kilométrages et dénivelés précis.
Baignade, kayak et pêche
Plusieurs plages surveillées ou libres jalonnent les rives, notamment autour de Bonin, Blaisy et Chaumard, offrant des zones de baignade adaptées aux familles en période estivale. Le kayak, le paddle et le pédalo se pratiquent également sur le lac, généralement via des locations saisonnières installées près des plages principales. Côté pêche, Pannecière jouit d’une réputation particulière : c’est l’un des lacs les plus poissonneux du Morvan, réputé notamment pour ses carpes miroir, dont le poids moyen tourne autour de 9 kg, avec un record local de 26 kg capturé en 2003. Brochets et salmonidés complètent le tableau piscicole pour les amateurs de pêche plus technique.
Un détail que beaucoup de visiteurs découvrent sur place plutôt qu’en préparant leur venue : la gestion du niveau du lac prévoit une tranche morte, une réserve d’eau minimale jamais restituée, destinée à préserver la survie des poissons pendant les périodes de basses eaux prolongées. C’est un exemple concret de la manière dont un ouvrage pensé pour l’hydraulique intègre aussi des impératifs écologiques.
Le lac comme brique d’un système plus vaste
Pannecière n’est pas un site isolé, une simple étendue d’eau à visiter pour la journée. Ce lac est une brique parmi d’autres dans l’architecture de régulation du bassin de la Seine : aux côtés des lacs des Settons, de Chaumeçon et du Crescent, il forme un maillage de réservoirs qui, ensemble, absorbent les à-coups climatiques bien au-delà du seul Morvan. Chaque lac joue un rôle différent selon sa taille et sa position dans le bassin versant, comme les éléments d’un même système hydraulique à l’échelle régionale. Comprendre cette logique change le regard qu’on porte sur la balade autour du lac : chaque variation du niveau observée sur la rive n’est pas un hasard météorologique isolé, mais le résultat d’un pilotage coordonné entre plusieurs ouvrages, pensé pour amortir les crues à Paris tout en maintenant la vie aquatique et les usages locaux à l’étiage.
Accès pratique et communes riveraines
Le lac de Pannecière est entouré par quatre communes principales : Chaumard, Corancy, Montigny-en-Morvan et Ouroux-en-Morvan, qui totalisent ensemble environ 1 569 habitants. L’accès se fait principalement par les routes départementales D944, D303 et D161, qui desservent les différents points d’intérêt autour du lac. Château-Chinon, ville la plus proche avec des commerces et services, se trouve à une quinzaine de kilomètres selon le point d’accès choisi. Le climat local, marqué par des précipitations moyennes de 1 274 mm par an à Château-Chinon, soit environ 60 % de plus qu’à Nevers, explique en partie pourquoi le lac se remplit efficacement en saison froide et pourquoi la région reste verdoyante toute l’année.
Gestion du niveau et rôle du barrage
Le fonctionnement du lac-réservoir repose sur un cycle saisonnier bien rodé : l’eau est stockée durant l’automne, l’hiver et le printemps, période où les précipitations sont les plus abondantes, puis progressivement restituée à l’Yonne durant l’été et l’automne pour soutenir son débit. Ce mécanisme d’écrêtement des crues et de soutien d’étiage explique pourquoi le niveau du lac peut sembler très bas en fin d’automne, juste avant la remontée hivernale. Pour les visiteurs curieux de connaître l’état du lac au moment de leur venue, l’EPTB Seine Grands Lacs met à disposition une consultation du niveau en temps réel, un outil précieux pour anticiper si les plages seront largement dégagées ou si le lac affichera un remplissage confortable.
Au-delà de la régulation des crues et de l’étiage, le lac alimente également le canal du Nivernais en aval et contribue indirectement à la production d’eau potable pour les territoires riverains de l’Yonne. Cette double vocation, technique et écologique, distingue Pannecière d’un simple lac de loisirs : chaque mètre cube stocké répond à un calcul précis entre besoins agricoles, industriels, écologiques et de sécurité civile.
Faune, flore et environnement autour du lac
Le lac de Pannecière est enserré dans une forêt de feuillus typique du Morvan, un cadre qui contraste avec les paysages plus ouverts d’autres lacs de la région comme celui des Settons. En amont, la vallée de l’Houssière, rivière qui se jette dans le lac, est classée en zone Natura 2000, un statut lié à la richesse écologique locale. On y trouve des espèces végétales remarquables comme la droséra à feuilles rondes, une plante carnivore de milieu humide, ou la balsamine des bois, ainsi que des formations forestières particulières telles que l’érablière de montagne sur les versants les plus escarpés.
La confluence entre l’Yonne et l’Houssière, au niveau du lac, crée un écosystème aquatique diversifié qui explique en partie la richesse piscicole évoquée plus haut. Cette combinaison entre eaux stagnantes du lac et apports réguliers des rivières affluentes offre des conditions favorables à la reproduction de plusieurs espèces, un équilibre que la gestion de la tranche morte contribue directement à préserver pendant les périodes critiques de basses eaux.
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